L'acte manqué
Je rentre de salle avec de l'amertume en bouche. J'ai cherché dans mes playlists une musique énervée ; j'en avais une précise en tête sur laquelle je n'ai pas réussi à remettre le doigt. Elle parlait de Bolloré, sujet facile à vomir, parfait pour y couler ma rage.
Parce que j'ai comme retrouvé ce que c'était que d'être animée par beaucoup de hargne. J'avais fini par l'oublier ces derniers mois. Peut-être est-ce ce qui m'a fait couler au printemps, le manque de niaque, de n'avoir pas suffisamment sorti les crocs ou plutôt, d'avoir si mal maîtrisé le feu que je porte, qu'il a fini par faire imploser ma psyché peut-être trop frêle à ce moment-là.
Il semblerait que je sois en colère contre moi-même : de ne pas avoir envoyé, dès que je les ai reçus, des papiers pour la diplomation ; le sésame qui m'aurait permis d'accéder aux études supérieures en université. Tout du moins, c'est ce que je me raconte aujourd'hui. Il y a pourtant comme un chuchot, une voix sourde qui, dans un recoin de ma tête demande : "Mais est-ce que ce ne serait pas l'occasion de reprendre des études aux Beaux-Arts ? Pour travailler la lithographie en atelier, me mettre à la pratique du tissage et de la céramique ?" La voix s'est transformé en images puis en sensations et les sensations que cela me fait, je les aime bien, autant que le sourire qui point.
Petits cailloux •• •
- Femmes écrivains, femmes artistes : Juliette Drouet, la légende d'un siècle (France Culture, 28 octobre 2023). Extrait du livre Juliette Drouet : compagne du siècle de Florence Naugrette, 2022 :
Les interrogations portent sur ce que peut nous inspirer aujourd’hui cette relation, certes sentimentale, mais aussi économique, entre une femme qui renonce à sa carrière par amour, mais peut-être également par intérêt plus ou moins bien compris, et un homme qui l’entretient, la rudoie ou la néglige parfois, la rassure toujours, la surveille, la trompe, la protège, la ménage, la soigne et ne saurait se passer d’elle, parce qu’elle est sa certitude et son âme sœur. Les mots ont changé avec nos jugements sur des pratiques et des mœurs d’autrefois. Ce qu’on appelait « protection » pour l’un, « sacrifice » pour l’autre, nous l’appelons aujourd’hui « emprise » et « dépendance ». Ce qu’on appelait « amours ancillaires », qui faisaient presque partie de la condition domestique féminine, nous l’appelons aujourd’hui « harcèlement » et « abus de pouvoir ». Inversement, ce que l’on appelait « courtisanerie » (cette forme parfois choisie et revendiquée du commerce de son corps) et ce que l’on appelait « adultère » à une époque où même le mariage civil était indissoluble, on le considère parfois, non sans ambiguïtés, comme une forme d’« amour libre ». On aurait tort, en tout état de cause, de croire que Hugo et Drouet ont vécu pendant cinquante ans leur relation tumultueuse, exal- tante et douloureuse, et ses à-côtés, en toute sérénité morale. Les tempêtes sous leurs crânes associées à leurs choix de vie domestique, sexuelle et sentimentale, tout comme les réflexions et les jugements qu’ils portaient eux-mêmes sur ce qu’ils voulaient, pouvaient et devaient faire dans ce domaine sont l’un des fils conducteurs de ce livre.
- Avis critique : [...] Manières d'être vivant de Baptiste Morizot (France Culture, 7 mars 2020). Extrait du livre :
On est diplomate lorsqu'on se sent traître envers tout le monde.